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Tous vos choix (ou presque) sont illusoires. Voila pourquoi

Tous vos choix (ou presque) sont illusoires. Voila pourquoi

Bonjour je m’appelle Jean-Yves et je suis créateur de Potion de Vie, le blog spécialiste du cerveau et de la mémoire. Je suis également auteur de Napoléon joue de la cornemuse dans un bus, LE livre qui a donné une mémoire surpuissante à plus de 600 personnes à ce jour. C’est un honneur pour moi que d’écrire cet article sur Sixième Sens, un très beau projet de Félix. Une révolution en marche, et ça fait plaisir !


Il est communément admis que vos préférences révèlent qui vous êtes. Que vous agissez de telle façon parce que c’est utile pour vous.

Vous décidez de quelle nourriture manger, quels vêtements porter, quelle voiture conduire, auprès de quelles associations vous allez effectuer des dons, comment vous allez gérer votre budget…

C’est vous qui décidez.

Mais, en réalité, ce n’est pas si simple. Vos choix sont influencés par 3 facteurs essentiels :

1- L’environnement

Le contexte au moment où vous prenez votre décision, votre état de fatigue, votre moral, l’importance de votre décision, le nombre de témoins, le temps que vous avez pour réfléchir, les enjeux, le stress, les conséquences de votre décision… de tous ces éléments, certains pourront influencer votre choix final.

2- Le chemin de la moindre résistance

L’option « par défaut », la moins compliquée, celle que « tout le monde prend » ou celle qui vous demande le moins d’efforts. L’option classique, la valeur sûre qui peut influer sur vos choix. Le chemin de la moindre résistance s’avère incroyablement influent pour toutes les petites décisions auxquelles vous ne prêtez pas attention où celles dont vous vous foutez des conséquences.
Un contrat de plusieurs pages écrites en tout petit. Vous ne lisez que la première, et puis vous « zappez » un peu les autres par exemple. Vous signez « lu et approuvé » et vous paraphez chaque page.

3- La complexité

Plus le choix est compliqué et la décision lourde de conséquences, moins vous savez quoi faire. Vous vous tournez alors naturellement vers les options par défaut et le chemin de la moindre résistance.

Le problème c’est que l’être humain a une très mauvaise intuition de ce phénomène.

Votre cerveau est une formidable machine cognitive capable de vous faire justifier toutes vos actions. Donc même en prenant l’option par défaut, vous arriveriez toujours à justifier votre choix pour dire que c’était une super décision.

Un exemple ?

Connaissez-vous le débat entre les médicaments génériques et les médicaments « de marque » ? Lesquels préférez-vous ?

Les compagnies pharmaceutiques exercent une certaine pression sur les médecins pour qu’ils prescrivent des médicaments « de marque ». Ceux-ci inscrivent donc souvent les médicaments de marque sur leurs ordonnances.

Une étude a été réalisée auprès de milliers de patients qui devaient prendre de très longs traitements, et nécessitant des renouvellements d’ordonnances reçues directement dans leurs boites aux lettres tous les mois.

Dans cet exemple, l’option par défaut est donc le médicament de marque prescrit par le médecin à l’origine.

Les patients commencent donc leur traitement.

Quelques semaines après, une autre compagnie pharmaceutique écrit une lettre à chaque patient en essayant de les convaincre d’échanger leurs médicaments contre des médicaments génériques.

medicament

S’il vous plait, changez de médicaments, prenez les génériques !

Qu’ont fait les patients ?

Rien.

Alors cette compagnie s’est mise à créer des brochures d’information expliquant comment les patients pouvaient économiser beaucoup d’argent en prenant les médicaments génériques, et pourquoi ceux-ci étaient un meilleur choix.

Une véritable campagne de pub.

Chaque brochure gratuite était accompagnée d’une enveloppe prépayée, d’une carte postale et d’un gadget surprise pour faire changer d’avis les patients.

Quels ont été les résultats ?

Toujours rien. Pas de changement.

Quelles que soient les tentatives de la compagnie, les patients continuaient à suivre l’option par défaut, le chemin de la moindre résistance. Il semblerait que les gens aiment les médicaments de marque et détestent les médicaments génériques.

La compagnie tenta alors une dernière chose.

Elle envoya une autre lettre aux patients les informant qu’ils ne recevraient plus leurs médicaments sans avoir retourné un papier dans lequel ils faisaient un choix entre les médicaments de marque ou les médicaments génériques.

En d’autres termes, les patients ont été forcés de prendre une décision.

Que s’est-il passé ?

82% des patients ont échangé pour les médicaments génériques.

Que tirer de tout cela ? Est-ce que les gens aiment ou détestent les médicaments génériques ? Tout dépend du choix initial, le choix par défaut, le chemin de la moindre résistance.

La réalité, c’est qu’en fait, ce que les gens détestent, c’est de devoir renvoyer des lettres pour changer de procédure !

Comment se faire amputer la jambe à cause d’un choix par défaut ?

docteurwho

C’est pas moi qui vais dire le contraire !

En général, les gens évitent de procéder à des changements, même si l’autre option est clairement meilleure.

Une fois qu’un chemin est pris, votre cerveau rationnalise votre décision, la justifie en trouvant de bons arguments (à vos yeux) et votre mémoire enregistre votre décision.

Ce qui fait que la prochaine fois que vous êtes amené(e) à prendre une décision similaire, vous êtes susceptibles de continuer sur votre lancée.

Le chemin de la moindre résistance est absolument partout et affecte tout le monde, même les personnes censées être très rationnelles. C’est ce que montre une autre étude que j’aimerais vous faire partager :

Imaginez par exemple que vous alliez voir le médecin pour une jambe en très mauvais état.

Votre médecin vous recommande à un spécialiste et après consultation auprès de celui-ci, il se trouve que l’option classique dans votre cas est l’amputation.

Cependant, votre médecin appelle en urgence le spécialiste et lui dit que vous n’avez pas testé un médicament qui pourrait marcher : l’aspirine !

Evidemment, dans ce cas, le spécialiste changera son option par défaut et choisira de tester l’aspirine avant l’amputation.

Mais à votre avis, que se passerait-il si ce même médecin appelait le spécialiste en lui disant la même chose, avec une petite différence : un choix de médicament possible en plus.

A la place de n’avoir que l’aspirine à tester, il y en a maintenant un autre médicament en plus : le piroxicam.

Et bien dans ce deuxième cas, 72% des spécialistes restent sur l’option par défaut, l’amputation ! Pourquoi un tel changement ?

Voici le truc :

Le chemin de la moindre résistance est plus susceptible d’être utilisé si l’autre option est plus compliquée. Lorsqu’il y a un seul médicament à tester, le chemin n’est pas plus compliqué, mais lorsqu’il faut en tester 2, si bénins soient-ils, l’alternative devient plus compliquée et le spécialiste sera énormément tenté par l’option par défaut, même si celle-ci est lourde de conséquences … pour votre jambe !

femmeosef

Comment se protéger des décisions irrationnelles ?

Difficile n’est-ce pas ? Certains nieront ce phénomène, d’autres en seront parfaitement conscients sans pouvoir y changer quoi que ce soit, et souvent vous en serez témoins dans votre entourage.

Maintenant, vous êtes au courant de la puissance des options par défaut, que l’on appelle aussi chemin de la moindre résistance. Et c’est déjà un grand pas ! Mais ce n’est pas tout :

La première chose que je peux vous conseiller est déjà de faire attention aux options par défaut (surtout si vous souffrez de la jambe atrocement !!)

Ensuite, les décisions irrationnelles, la procrastination, tout cela se combat, avec les bonnes techniques, les bons exercices qui vous rendent plus maître de vous-même, plus vigilant(e) face à tous les petites manipulations et effets pervers de votre comportement au quotidien.

C’est ce que je partage dans mon blog Potiondevie.fr, où chaque jour près d’un millier d’internautes se connectent et profitent, partagent, découvrent et expérimentent les techniques pour booster leur cerveau, réussir leurs études, obtenir une mémoire de génie, et dominer la procrastination.

J’espère que vous avez pris autant de plaisir à lire cet article que j’en ai eu à l’écrire. Avez-vous été vous-même témoin (ou victime !) de cet effet de « moindre résistance », d’option par défaut ? Quelles ont été les conséquences selon vous ?

À propos Jean-Yves

Jean-Yves
Jean-Yves, passionné des pouvoirs du cerveau, de la mémoire, de psychologie et de mentalisme en général. Persuadé que la clé de la réussite se situe dans un cerveau vif et entraîné, il aide les gens à se doter d'une mémoire d'exception grâce à des techniques aussi efficaces qu'amusantes.

11 commentaires

  1. Et tout ça se complique encore quand on sait que la choix rationnel, lourdement pesé et pris en connaissance de cause … est tout sauf rationnel :D

    C’est quand j’ai compris ça que j’ai arrêté de faire des choix rationnels.
    Maintenant, je les fais selon le coeur.
    Simple et efficace.

  2. Ainsi, le libre-arbitre serait une légende urbaine? Enfin quelqu’un du même avis que moi, du moins depuis qu’un prof de philo il y a plus de dix ans de celà m’a expliqué en terminale avec le fameux âne de Buridan que cette notion était illusoire puisqu’un choix est TOUJOURS influencé, peu importe le facteur (prix, marque, à prioris…).
    Pour rappel et en résumé éclair, l’âne de Buridan est placé à équidistance entre sa nourriture et son eau, a autant faim que soif et ne sait lequel choisir entre prendre l’un ou l’autre en premier. Résutat? À ne savoir que choisir, il meurt tant de faim que de soif lol, laissant le temps choisir pour lui.

    • Jean-Yves

      C’est effectivement le même principe que l’âne de Buridan en effet !
      Le choix par défaut de l’âne est de rester où il est. Encore que là, un humain aurait choisi ;) Mais pour la métaphore, il n’aurait fait un choix QUE si celui-ci était imposé ou vital.

      En fait quand un choix est fait, il est immédiatement enregistré par ta mémoire, et celle-ci te fera plus ou moins refaire le même choix (s’il marche bien entendu !).
      C’est pour ca que tes choix ne reflètent pas forcément tes préférences, mais BATISSENT celles-ci au fur et à mesure.

      Merci de ton commentaire Trollface

    • Nous nous refusons à prendre parti sur ce qu’est ou n’est pas la liberté. Savoir si les gens sont libres ou ne le sont pas est du ressort de la discussion philosophique. Psychologues sociaux, nous constatons deux choses : la première est l’extraordinaire importance du sentiment de liberté dans ce que j’appellerai les retombées cognitives et comportementales de nos actions. C’est que nous le voulions ou non ce sentiment de liberté qui nous engage et rend possibles la rationalisation de nos conduites et la réalisation d’autre conduites plus coûteuses dont nous nous serions, la plupart du temps, bien passés, mais qu’on attend de nous, et qu’on obtient de nous dans des situations, finalement, assez proche des situations de soumission librement consentie décrite dans notre ouvrage.

      La seconde chose est paradoxale : ce sentiment de liberté ne permet généralement pas de refuser des comportements dont on aurait préféré se dispenser et qui vont nous engager à notre corps défendant. Dans de très nombreuses situations étudiées par les psychologues sociaux, ce sentiment de liberté n’est que la conséquence d’une simple déclaration de l’expérimentateur qui insiste sur le fait que les sujets sont libres de faire ou de ne pas faire ce qu’il attend d’eux. Ce qui ne les empêche pas de faire exactement ce qu’ils auraient fait sous la contrainte. Autrement dit, si l’on s’intéresse aux milliers de sujets qui ont traversé les expériences de psychologie sociale, on constate que ceux qui étaient déclarés soi-disant libres se sont toujours comportés comme ceux qui soi-disant ne l’étaient pas. Et pourtant, une telle « manipulation » qui peut vous paraître purement langagière a bien les effets, quelquefois dramatiques, que l’on sait.

      Mais avouez qu’il est déroutant de constater que l’individu, bien sous tous rapports, celui qui adhère à la plupart des normes de jugement tout en croyant d’ailleurs s’en départir, celui qui se sent libre, celui qui veut être consistant, celui qui trouve en lui-même les raisons de ce qu’il fait et de ce qui lui arrive… De constater donc que cet individu-là est incontestablement le plus manipulable. Que ce soit, aussi, cet individu-là qui ait le plus de chances de réussir dans la vie professionnelle et sociale dans nos sociétés démocratiques a de quoi faire réfléchir.
      « Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens », R.V Joule et J.-L. Beauvois, p.261-262

      À LIRE !

  3. Salut,
    Excellent article, je vous felicite!
    quand j’ai lu cette phrase « Une fois qu’un chemin est pris, votre cerveau rationnalise votre décision, la justifie en trouvant de bons arguments (à vos yeux) et votre mémoire enregistre votre décision. » j’ai compris la cause de presque tous mes problemes! une fois le chemin est choisi, on n’ose plus changer d’avis par peur de paraitre en manque de confiance en soi, notre ego ne nous permet pas de reculer bien qu’on sait parfaitement qu’on a tort ( ou meme qu’on doute notre decision).
    cela m’a arrivé quand j’ai choisi la section math au lycée, j’ai cru que j’ai ce qu’il faut pour reussir ( je le crois encore mais moins fort qu’avant), on m’as conseillé de changer de section mais j’ai betement refusé, 1: parce que on va croire que j’ai eu peur et que je n’ai pas confiance en mes capacités, 2: parce que ça va prendre une eternité afin que je puisse changer de section, les papiers, les va et vient…

    • Jean-Yves

      Salut Sou et merci de votre commentaire :)

      C’est classique l’histoire des maths et du lycée ! Une fois une décision prise, difficile de changer, mais dites vous qu’il y a pire !
      Ceux qui changent constamment de décisions par peur de prendre la mauvaise ou parce que l’autre semble plus facile… il y en a beaucoup plus qu’on ne le croit !

      • ça c’est sur. alors vous croyez qu’il vaut mieux de continuer sur la meme voie et essayer de vivre avec que de changer constamment d’avis et etre toujours à la recherche de ce qui nous va?

  4. C’est bien ce que je dis, et qui prouve une foi de +plus que nous ne vivons pas en démocratie.. Mais dans un système ‘totalitaire’, qui est pire que la dictature!!

  5. Salut,
    un exemple classique : tous les contrats reconductible tacitement, assurance, abonnement téléphone…
    Beaucoup de personnes savent qu’elles paient trop cher, mais ont la flemme de changer. Très lucratif …

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