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L’effet Julien Lepers, ou erreur fondamentale d’attribution

L’effet Julien Lepers, ou erreur fondamentale d’attribution

Savez-vous quel est le rapport entre le célèbre animateur télé et la psychologie sociale ?

 

Définition

L’erreur fondamentale d’attribution est un biais cognitif qui consiste à sous-estimer les causes situationnelles au profit des causes dispositionnelles.

Pour être plus clair :

Causes situationnelles : vous supposez que c’est le contexte qui est à l’origine du comportement observé : votre attribution est dite situationnelle.

Causes dispositionnelles : vous pensez que c’est la personnalité de l’individu qui permet d’expliquer au mieux son comportement. Dans ce cas, votre attribution est dispositionnelle.

 

Mais si elle est aussi appelé l’effet Julien Lepers, ce n’est pas pour rien. C’est tout simplement parce que cet animateur dans le cadre de son émission Questions pour un Champion résume parfaitement cet effet, celui de paraitre plus intelligent que les questionnés.

 

Détail de l’expérience de Lee Ross

Détaillons l’expérience de Lee Ross, un professeur de psychologie de l’université de Stanford :

 

Prenons trois sujets, l’un est désigné comme questionneur, un autre comme questionné, et le troisième comme observateur. On demande au questionneur d’établir une liste de plusieurs questions portant sur la culture générale qu’il devra par la suite poser au questionné. Si le questionné répond correctement, il le lui fera savoir, sinon il lui donnera la réponse, et ainsi de suite.

 

A la fin de l’expérience on demande aux sujets d’évaluer le niveau de culture du questionné et du questionneur.

 

La conclusion révèle que le questionneur est toujours jugé le plus cultivé, alors qu’il est évident que le contexte lui a été favorable puisqu’il a écrit ses questions à travers ses propres compétences et centres d’intérêt.

 

Voici une courte vidéo (6 min) pour mieux illustrer l’effet :

 

Comment expliquer cet effet ?

Je prend l’exemple proposé par le site eco-psycho  :

Si vous cherchez à comprendre pourquoi les sujets de la célèbre expérience de Stanley Milgram (1974) ont infligé des chocs électriques à des victimes innocentes, vous pouvez soit conclure que ces sujets avaient les dispositions particulières pour le faire, soit envisager qu’ils ont agi, au contraire, sous la pression de l’autorité.

Le sujet obeit car il ne veut pas decevoir. Il est habitue a etre un bon toutou et veut sa recompense.

(commentaire youtube d’un extrait du film I… comme Icare décrivant l’expérience de Milgram.)

 

Évidemment le commentaire que j’ai pris peut être sujet à plein d’interprétations, mais le simple fait qu’il se dissocie du sujet en utilisant la 3ème personne du singulier plutôt que la 1ere du pluriel, comme la plupart le ferait pour bien mettre en évidence que c’est un comportement humain, me porte à croire qu’il pense que les sujets de l’expérience de Milgram sont plus manipulables que d’autres.

 

L’erreur fondamentale d’attribution s’explique par :

  • un besoin de contrôle (possibilité de contrôler les facteurs internes)
  • un besoin de justice sociale (responsabilité de ses propres actes)
  • un besoin de compréhension et de prévisibilité (simplicité des explications internes)

 

A noter qu’en développant, on peut aussi définir l’erreur fondamentale par le fait de favoriser les facteurs internes aux conditions environnementales, ou encore simplement par le fait de minimiser l’importance du poids de la situation, quand on cherche à trouver les causes du comportement d’un individu.

 

1) Un besoin de contrôle : parce que les facteurs internes sont plus contrôlables que les facteurs externes. Ça rassure la personne et évite ainsi l’angoisse des évènements qu’on ne peut pas influencer.

 

Ex : C’est d’ailleurs pour ça que la Française des Jeux notamment offre la possibilité au joueur de choisir ses numéros, les tickets de grattage…

Cela offre une illusion de contrôle, et le joueur oublie parfois de prendre en compte les facteurs externes comme la réalité du hasard, ou dans le cas des jeux à gratter, l’incohérence du jeu et de sa prétendue probabilité quand le ticket gagnant a été découvert mais que le paquet des tickets restants sont encore vendu au même prix avec la fausse promesse de gros gain.

 

2) Un besoin de justice sociale : parce que chacun est considéré comme responsable de sa conduite, de ses propres actes et de la situation dans laquelle il se trouve.

 

Ex : Ce qui explique aussi pourquoi il serait difficile d’admettre que l’expérience de la soumission à l’autorité puisse expliquer en partie un holocauste même s’il ne le justifie pas.

 

3) un besoin de compréhension et de prévisibilité : parce que les explications internes des situations nous paraissent les plus simples, ce qui évite d’analyser la multiplicité des causes externes possibles.

 

Ex : Penser que l’attractivité du marché ne dépend que de son volume et de son taux de croissance, alors que des facteurs externes (Politique, Économique, Socio-culturel, légal, Écologique, Technologique..) ont une importance dans cette prédiction.

 

 

Julien Lepers semble être très cultivé alors que contrairement aux participants il ne montre en aucun cas sa culture générale pendant l’émission, c’est sa position de questionneur qui lui est favorable à cette opinion.

Ça ne veut pas dire qu’il n’a pas une grande culture générale, mais il manipule indirectement la conscience collective en ayant la position dominante de ce jeu, les questions et les réponses à portée de main.

 

Qu’est-ce que l’erreur fondamentale d’attribution nous permet de comprendre ?

D’une part que nous sommes facilement manipulables -mais ce n’est plus un secret – parce que nous avons tendance à favoriser les facteurs internes, sans prendre conscience des autres facteurs qui offrent un autre point de vue.

 

D’une autre part que c’est une faiblesse qui peut devenir un avantage si on l’exploite avec brio.

C’est aussi simplement de cette manière qu’un politicien viendra poser sa question face à son concurrent devant une foule qui ne cherche qu’à être convaincue.

Si le concurrent n’arrive pas à répondre à cette question, alors nous penserons subitement que le politicien qui la lui a posé a l’air plus cultivé que l’autre.

Un peu comme la rubrique La question politiquement correcte de Jean-Jacques Bourdin, une rubrique qui consiste à poser une question piège à son invité, en voila un exemple face à Estrosi :

 

Une autre, avec Segolène Royale :

 

Poser des questions offre ainsi l’avantage de paraitre plus cultivé que votre opposant et – dans un contexte politique par exemple – permet aussi de le déstabiliser et parfois de l’humilier (surtout si la question qu’on lui pose dépend de son métier par exemple).

Vous avez toutes les clés pour user de cet outil puissant, ou tout simplement pour vous en protéger. C’est maintenant à vous de jouer !

 

Et vous, avez-vous d’autres exemples à nous partager ?

 

Sources

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À propos ica

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Ica a découvert le mentalisme alors qu'il affectionnait l'informatique et le social-engineering. Depuis, sa curiosité s'est transformée en passion et c'est aujourd'hui un mentaliste ouvert d'esprit qui s'intéresse à tout. C'est aussi un pilier hyperactif du forum des mentalistes dont il fait partie depuis plusieurs années.

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