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Le non agir, ou l’art d’influencer par le silence

Le non agir, ou l’art d’influencer par le silence

Le « non agir » – peut sembler contraire aux pratiques classiques des mentalistes, qui se veulent toujours dans l’action, l’analyse et l’observation. Cependant, elle est une forme de pensée extrêmement utile à bien des points de vues. Non seulement elle est une technique de « lâcher prise » tout à fait bénéfique mais elle permet également de cultiver et de donner à son utilisateur une forme de mystère et d’intelligence. Je considère cela comme une technique de repos pour mentaliste.
Par quels moyens ? Prenons une situation concrète.

 

Quand utiliser le non agir ? Un exemple :

Je me trouvais un jour dans une réunion avec des amis et des gens que je ne connaissais pas. Le sujet du jour ? Un débat politique sur la situation de crise dans laquelle la France est aujourd’hui implantée. Comme dans toute discussion politique, les esprits s’échauffent, les avis contradictoires fusent et cette situation finit par se transformer en combat de coqs, à savoir, qui parlera le plus fort. Les uns revendiquaient l’inefficacité de François Hollande tandis que les autres rétorquaient que la politique de Sarkozy n’avait pas fait grand chose de mieux que lui. En tant que mentaliste, bien qu’adepte de l’Art de le Rhétorique de Schopenhauer (l’Art d’avoir toujours raison) et d’Aristote (Topiques),  je ne voulais pas me lancer à corps perdu dans une bataille d’opinions stupides et inintéressantes.

J’ai donc adopté une autre stratégie mentale : ce fameux non agir, inspiré de la pensée bouddhiste chinoise, pour prendre l’ascendant.

 

Comment l’utiliser ?

Pendant près d’une demi heure, je n’ai pas esquissé un geste ni prononcé un mot. Je me contentais de les regarder se battre à coup d’arguments politiques. Et quand je me décidais enfin à parler, ce fut pour citer une donnée purement objective qui donnait raison aux deux partis : « Regardez-vous. Ce débat n’a ni queue ni tête, les deux font la même chose : Sarkozy a allongé le temps de travail et Hollande va faire la même chose, alors qu’ils sont pourtant de deux partis politiques opposés. Pour des gens aux idées contraires, c’est assez paradoxal non ? ». L’argument, donné sur un ton calme et posé, a fait l’effet d’un électrochoc dans la discussion. Ceux qui se battaient en haussant le ton se sont rendus compte que je les avais laissé se ridiculiser pendant près d’une demi heure avant d’asséner de manière calme et réfléchie qu’il y avait du vrai dans les deux. C’est l’essence même de la non-action, du fameux proverbe chinois :

 

Si ce que tu as à dire est moins beau que le silence alors tais toi

Pourquoi l’utiliser ?

J’ai testé cette technique sur chaque sujet de conversation houleux ou source de contradiction. Ce fut à chaque fois une réussite. Les collègues ont d’ailleurs admis par la suite que mon inactivité dans l’échange avait laissé planer le mystère sur moi et que l’argument donné leur avait donné la sensation que je devait être quelqu’un de très intelligent. Pourquoi donc ? Par la combinaison astucieuse de l’effet du stéréotype et l’effet de gel, qui sont présentes dans la pratique du non agir.

En me taisant, j’empêche les gens qui m’entourent de se forger un avis sur moi par mes paroles. Je cultive ainsi le mystère sur ma personne et je décuple par conséquent l’effet du stéréotype quand je prononcerai mes mots. En parlant peu et intelligemment, j’axe l’effet du stéréotype sur une personnalité calme, posée et réfléchie. Et ensuite l’effet de gel s’appliquera de lui même, à savoir que les individus qui auront une vision d’un homme intelligent et censé auront du mal à en changer si je reste dans cette voie. L’homme est par nature borné, et la première impression a souvent du mal à disparaître si on la cultive.

Le mentalisme est plein de surprises. Mais c’est surtout remettre certains proverbes en cause qui est le plus fascinant. Car cet article prouve bien que :

L’habit fait le moine

À propos Lucius

Lucius
Jeune passionné de sciences sociales et de zététique, j'essaye d'amener un regard critique et objectif sur les différents aspects du mentalisme. Bien que fasciné par les "pouvoirs" de l'hypnose ou le "décryptage" du non verbal, je garde à l'esprit qu'un mentaliste doit aussi savoir remettre en cause sa propre discipline pour l'aider à évoluer.

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