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Master Mind, ou le cold-reading façon Sherlock Holmes

Master Mind, ou le cold-reading façon Sherlock Holmes

Le cold-reading est souvent décrit comme l’outil privilégié, voir indispensable du mentaliste. Si en apparence il semble se résumer à l’observation des détails, dans la pratique il s’avère beaucoup plus subtil et compliqué, d’où cette question que l’on retrouve couramment : « J’ai relevé des détails, mais ensuite que faire de mes observations ?… ». Livres et Articles sur le cold-reading survolent souvent le sujet, pour expliquer l’importance du détail, et les résultats qu’arrivent ainsi à produire mentalistes, médiums, voyants, cet. Mais à mon sens ils ne proposent pas grand chose de concret, pour pouvoir passer à une mise en pratique efficace. Ce que je vous propose aujourd’hui, c’est à partir de l’étude du personnage de Sherlock Holmes, de reconsidérer le cold-reading d’un point de vue psychologique, mais surtout d’un point de vue pratique, grâce à une méthode simple et reproductible en toute circonstance, pour peu que l’on fournisse l’effort nécessaire.

Quand on parle de cold-reading et d’observation des détails, Sherlock-Holmes apparait bien souvent comme le maitre en la matière, mais pour qui s’intéresse à sa technique, la méthode de l’inspecteur est surtout basée sur un esprit critique, qui applique la méthode du raisonnement scientifique à ses enquêtes, ainsi qu’à toutes circonstances. En effet, le personnage de Sir Arthur Conan Doyle, s’est en fait inspiré d’un de ses professeurs d’université, qui l’impressionnait par la qualité de ses diagnostiques et de ses déductions. L’auteur ne fit ensuite que retranscrire la méthode et les capacités de celui qu’il admirait, au personnage de son roman. Voyons donc la méthode.

 

Comment raisonne Sherlock, ou comment développer la pensée de pleine conscience ?

Pour comprendre la méthode Sherlock, il faut avant tout analyser sa façon de penser. Pour cela, il faudra en tout premier lieu appréhender « l’ATTENTION » en tant que processus ACTIF … Si notre héros ne cesse de répéter à Watson, qu’il voit mais n’observe pas, l’application de son conseil passe avant toute chose, par la capacité à se focaliser sur l’instant présent, tout en se détournant mentalement des éléments parasites et perturbateurs. Ce n’est effectivement qu’à partir de cette intention, que l’on peut transformer son attention en tant que processus actif.

Dans un second temps, il faut comprendre que notre cerveau par souci d’économie d’énergie, et pour éviter la surchauffe cognitive, privilégie toujours l’explication la plus simple quitte à la rendre irrationnelle. En effet, notre organe préfèrera toujours une explication peu probable, plutôt que de rester sans réponse à une question.

Si je vous dis de penser à un éléphant rose, il vous faudra pour visualiser cet éléphant, d’abord croire à l’éléphant rose, afin de pouvoir ensuite le matérialiser dans votre esprit, notre psychisme est ainsi fait que nous sommes pré-câblés pour « croire ».

Une machine complexe

 

Sherlock n’est absolument pas exempt de ce processus cognitif, mais si il considère que le monde évolue en voyant des éléphants roses, notre héros lui privilégiera l’effort d’auto-analyse pour comprendre qu’en réfléchissant par les faits, ceux-ci lui démontreront peut-être que finalement les éléphants sont gris… Le secret de l’inspecteur pour admettre d’autres possibilités que celles créées par nos à priori de départ, réside dans un esprit critique et sceptique, critique envers ce qu’il observe, mais également envers ses propres raisonnements…

Pour faire un clin d’œil à quelques amis hypnotiseurs, on peut en déduire que pour raisonner comme Sherlock, il faut apprendre à considérer ce à quoi nous n’avons peut-être pas encore pensé…

 

La méthode de cold-reading de Sherlock en trois étapes simples : Voir + Observer + Déduire

1 – Voir : Si dans le roman il est dit que Watson voit tandis que Sherlock observe, le héros rappelle aussi très souvent à son assistant que leurs yeux ne sont aucunement différents … Donc la bonne nouvelle, c’est que tout le monde peut réaliser cette première étape sans effort et sans difficulté.

2 – Observer : La partie la plus complexe, car c’est ici que beaucoup bloquent et vont ainsi faire échouer leur reading… Pour bien observer il faut assimiler trois sous-étapes.

– Sélectionner : Il faut se centrer sur quelques éléments d’analyse plutôt que de se disperser inutilement, et ne peut-être rien tirer de probant.

– Etre objectif : Il faut rester focalisé sur les faits, avant de tirer toutes conclusions hâtives. Le piège en oubliant cela, serait de tirer des conclusions subjectives plutôt que des conclusions pragmatiques.

– L’intégration : L’attention active n’est pas que visuelle, et se pratique avec nos 5 sens. Un son, une odeur, sont autant d’éléments qui peuvent faire ressortir des informations importantes de votre mémoire, grâce au principe des ancrages et des associations d’idées.

3 – Déduire : Pour cela nous allons chercher dans notre base de données, soit notre connaissance, les informations nécessaires à l’établissement de scénarios. Pour progresser dans cette étape, il faut comprendre que son fonctionnement est similaire à celui qu’utilisent les grands maitres d’échecs. En effet, plus ils ont joué et enregistré de parties dans leur esprit, et plus ils développent ensuite la capacité de répondre rapidement à une situation, pour trouver la bonne stratégie et le bon scénario. C’est cette faculté qui fait passer du statut de novice à celui d’expert, l’expert ayant en tête telles quantités de cas et de situations vécus, qu’il peut répondre instantanément à une problématique sans même donner l’impression d’y réfléchir. Cette capacité donnant ainsi l’illusion que l’acquis de l’expert est inné, alors que non. Donc pas de secret pour cette étape, il faut pratiquer, pratiquer, encore et toujours pratiquer.

Une lumière allumée

S’il existe un point de différence cruciale entre nous et Holmes, c’est qu’il a choisi d’intégrer ces étapes et cette façon de penser, comme un mode de raisonnement permanent et automatique. L’inspecteur le dit lui même, il est comme tout le monde, et s’il dévoilait tout le fonctionnement de sa méthode, il en deviendrait bien moins original…. Ce processus cognitif est certes très fatiguant, mais également très enrichissant, car tout le secret de la méthode se trouve ici : « Pour comprendre les autres, il faut déjà se comprendre soit même, et le génie de Sherlock se situe dans la conscience de son propre fonctionnent cognitif, si bien qu’il en arrive même à améliorer celui-ci, et par conséquent à mieux comprendre et lire à travers ses contemporains…  »

 

Comment procéder en pratique ?

Maintenant que l’on sait comment fonctionne la pensée de Sherlock, voyons comment l’appliquer avec un plan pratique à utiliser pour tous vos cold-reading.

 

1 – Voir : Comme vu préalablement, vous avez juste à ouvrir vos yeux.

2 – Observer : Passez au delà de la simple vision, en appliquant les notions de Sélection, Objectivité, et Intégration.

3 – Définir le contexte des indices et de l’observation : Etape complémentaire et indispensable à la collecte d’indices, car en fonction du contexte, chaque indice change de signification, hors dans une enquête, le contexte évolue en permanence …

4 – Elaborer des théories : Sur la base de nos observations qui auront respectées les principes Holmesiens, il faudra commencer à élaborer plusieurs théories en correspondance avec nos indices. Une bonne imagination et de la créativité seront cependant indispensables à l’élaboration de scénarios.

5 – Réévaluer en permanence ses théories : En fonction des récoltes des nouveaux indices et de leur contexte, il faut savoir tout reconsidérer, car le contexte évolue en permanence au cours de nos observations.

6 – Faire un tri sélectif des théories : Il faut éliminer petit à petit des théories en fonction de leurs probabilités, et choisir enfin la théorie la plus probante à l’issue de cette réflexion. La science de la déduction suivant en effet le principe de l’élimination progressive.

Un microscope

Si vous suivez rigoureusement toutes ces étapes, en restant vigilant sur le contexte d’observation, ainsi qu’en gardant toujours cet esprit critique sur vos théories, il est certain que vos cold-reading vos emmèneront bien plus loin qu’auparavant dans votre pratique de la déduction.

 

 Quelques conseils pour tirer encore d’avantage de la pensée de Sherlock :

Apprenez le langage du corps, car il est une source d’information importante sur le comportement de vos sujets d’études.

– Entrainez-vous à observer en permanence. Ainsi vous pourrez passer de l’impression d’acquis vers celle de l’inné.

– Apprenez à identifier les bons détails. L’inspecteur le disait également, mais mieux vaut privilégier quelques bon indices, plutôt que se disperser et passer à côté des bonnes informations.

– Travaillez l’écoute. L’observation visuelle oui, mais pas que… Repensez à la notion d’Intégration vue plus haut, il faut utiliser ses 5 sens, l’écoute apportera de bons indices au même titre que le langage non-verbal.

– Cultivez-vous et ne dédaignez pas les sources d’informations plus modestes. Une bonne culture générale facilitera l’élaboration de scénarios crédibles, et ne fuyez pas les lectures populaires, l’inspecteur utilisait souvent la rubrique des potins de son journal, pour en apprendre plus sur ses contemporains.

– Pratiquez la pensée logique et rationnelle, et ne vous laissez pas piéger par le bais de corrélation illusoire. Comme le disait Holmes « C’est une erreur capitale que d’émettre une théorie avant d’avoir rassemblé les données. »

– Soyez critique, mais soyez surtout autocritique, posez vous en permanence cette question: « est-ce que je n’omet pas volontairement des indices ou des détails par facilité, pour privilégier une thèse plutôt qu’une autre ».

– Soyez méthodique et ouvert à toutes les éventualités, n’oubliez pas qu’il faut être prêt à considérer ce à quoi nous n’avons encore pensé.

 

Maintenant, pratiquez !

Il y a fort à parier qu’avec beaucoup de pratique et de rigueur dans la méthode, les résultats de vos cold-reading deviendront de plus en plus pertinents, pour s’approcher au plus près de la réalité des faits.

Si le cold-reading est un puissant outil qui peut vous aider à mieux comprendre votre environnement,  ainsi que ceux qui vous entourent, il ne faut pas pour autant oublier ces deux remarques de l’inspecteur : Le résultat est parfois aussi affaire de chance, et tout n’est pas déductible…

 

Ceci étant dit, comme pour toute discipline, une fois la théorie ingérée, ce n’est ensuite que par la pratique intense que l’on progresse et obtenons des résultats. Donc dès que vous aurez fini de lire cet article, coupez-vous du monde numérique, éteignez votre Smartphone et votre PC, et redécouvrez le vrai monde pour observer et chercher à atteindre la pleine conscience de l’instant présent. Et petit bonus, des études psychologiques ont démontré que ceux qui avaient conscience de l’instant présent vivaient plus heureux. Alors à vos observations !

 

Sources

Sources

Les aventures de Sherlock Holmes

Mastermind : How to think like Sherlock Holmes

À propos Grum-Lee

Grum-Lee
Administrateur et membre très actif du forum des mentalistes. Grumly est passionné par les sciences humaines qu'il utilise quotidiennement dans son travail au cours de ses négociations.

5 commentaires

  1. Bryk

    Super article, merci Grum-Lee! De bonnes méthodes, des conseils éclairés, … reste à appliquer tous ça!

  2. Très bon article merci pour cette mine d’expérience !
    Dans l’article il est écrit  » apprenez à identifier les bons détails. L’inspecteur le disait également, mais mieux vaut privilégier quelque bons indices, plutôt que se disperser et passer à côté des bonnes informations. »
    Peux-tu nous donner des pistes pour trouver ses détails ?

  3. Un article vraiment très intéressant !
    Si la phase d’assimilation de l’observation (et non plus de la simple vision) est (très) longue et complexe puisqu’au final il s’agit de complètement redéfinir une automatisation de l’être humain, je pense que le plus dur est de rester objectif et ainsi se départir de tout préjugé acquis au cours de notre parcours humain (entendons par là l’histoire et le parcours social propre à chacun).

    Merci pour l’article :)

  4. Comme d’hab bonne article grumly

  5. Un bon état des lieux des ressources en cold reading : après 10 livres, on ne sait toujours pas analyser une personne sans être allé sur le terrain.

    Les conseils « en vrac » sont bien utiles, et m’auraient évité de nombreuses lectures infructueuses si je les avais vus plus tôt.

    L’El Dorado de cette discipline holmésienne ne se situe définitivement pas entre deux couvertures cartonnées mais au contact rapproché avec notre société.

    Cependant, un outil commun ne serait pas de trop pour partager les expériences : qu’ont révélé les indices que nous avons récoltés ? Car une fois de plus, nous nous retrouvons face à un article qui ne fait qu’indiquer le chemin. Et chacun de nous doit redécouvrir la route à suivre depuis l’observation jusqu’à la conclusion.

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